"Come on you boy child, you winner and loser, come on you miner, for truth and delusion, and shine!"
chantaient les Floyd en 75.
Moi, je ne chante pas, j'ai horreur de ça, horreur de ma voix comme je me mets à abominer et à vomir progressivement tout ce qui vient de moi. J'en ai marre d'être toujours de bonne humeur, de supporter les crises des autres, de m'aplatir, de remonter le moral, de chialer dans mon coin, de devoir être forte, d'être plus un mec qu'une fille. J'en ai marre de ma sale gueule et de mon corps qui perd tout sens. J'en ai marre, marre, marre. Je voulais changer de monde, c'était à ma portée, jusqu'à ce matin, 10h.
Comment quiconque pourrait-il comprendre que je ne supporte plus mon existence, que Carnot, c'est mon espérance seule, unique, principale, celle de changer de monde, de voir plus grand, de ne plus être confrontée à tout ce que j'ai fait, à quel point j'ai pu changer, à quel point je peux me sentir vide de tout sentiment envers des gens que j'ai aimé de tout mon être. Je ne sais pas ce que je deviens, je ne sais pas où je vais, il me fallait un point fixe. Je n'irai pas à Brochon, plutôt crever. Si je ne suis pas prise de la 3e à la 2nde combien de chances me reste-t-il d'être acceptée
ne serait-ce qu'en prépa polytechnique en revenant d'Hippolyte Fontaine ? J'ai plus qu'à faire un bac pro tiens. Qu'on rigole.
Alors il me reste quoi ? Si j'ai beaucoup de chance - mais ça, j'y crois plus - il reste de la place en euro anglais, comme ça j'aurai un prof principal considérant les élèves avec - de 15 de moyenne comme des déchets. Ouais. Comme ça j'aurai un emploi du temps surchargé. Je survivrai de toute façon.
Je retourne là-bas demain. J'en peux plus, j'ai envie de me suicider, mais non, j'abandonne pas.
Et en attendant, je passe ma soirée à la piscine en solo, et je nagerai jusqu'à l'épuisement, jusqu'à ce que mon corps pense plus que mon cerveau. J'ai plusieurs kilomètres d'ici là ; Bonsoir.